jeudi 19 mars 2015

Roger Caillois : pierres et dendrites...


Roger Caillois (1913-1978) est un écrivain, poète et critique littéraire.

Roger Caillois en 1973

Il entra rapidement en contact avec les membres de la revue Le Grand Jeu, soumettant ses premiers textes à Roger Gilbert-Lecomte et à René Daumal.

Reçu à l'Ecole Normale Supérieure en 1933, il y passe son agrégation de grammaire.

Durant cette période, il entre en contact avec André Breton et se lie d'amitié avec Salvador Dali, Paul Eluard, Max Ernst...puis il quitte les surréalistes et se rapproche d'un nouveau rationalisme inspiré par Gaston Bachelard.

Il animera chez Gallimard la collection "La Croix du Sud" et publiera des nouvelles de Borges, qui le reconnaitra comme son "inventeur".

En 1966 parait "Pierres", où il fait l'éloge des minéraux, dans un style d'une grande densité poétique.


Roger Caillois s'est interrogé sur la "sympathie" qui parait régner entre les formes complexes du monde minéral, du monde végétal, et les figures de l'imaginaire humain.

"Comme qui, parlant des fleurs, laisserait de côté aussi bien la botanique que l'art des jardins et celui des bouquets - et il lui resterait encore beaucoup à dire -, ainsi, à mon tour, négligeant la minéralogie, écartant les arts qui des pierres font usage, je parle des pierres nues, fascination et gloire, où se dissimule et en même temps se livre un mystère plus lent, plus vaste et plus grave que le destin d'une espèce passagère". (1966).

Ayant personnellement été frappé par des arborescences curieuses découvertes dans des plaques de grès, j'en ai tiré quelques photos, pour m'apercevoir ensuite, par ce livre de Roger Caillois (p 30), qu'il s'agissait de Dendrites, c'est-à-dire d'arborescences de manganèse incluses dans le grès.

Voici quelques images personnelles, associées à de courts textes de Roger Caillois se rapportant aux Dendrites.


Prisonnières du grès, les arborescences de manganèse y étalent leurs chevelures de neurones...


Elles se déploient en larges buissons a demi desséchés par le soleil...


Parfois, elles atteignent l'ampleur des hautes palmes que les gorgonies dressent au fond des lagons des mers chaudes...


...comme de grandes mains ouvertes...


...ou comme des lambeaux de filet qu'un lest empêcherait de remonter...


Ce sont toujours images identifiables et trompeuses, mousses surprises dans la fièvre de proliférer, et condamnées par une soudaine magie à une fixité sans appel...



...pourtant, les dendrites ne furent jamais vivantes. Jamais la moindre sève n'irrigua leurs dentelles ramifiées.

Mirage, assurément, que ces sels qui affichent si  parfaite simulation du végétal, quand ils sont soustraits tout ensemble à la vie et à la corruption.


Toutefois, je ne parviens pas à me défendre de la conviction que ces fougères fausses, à leur manière, avertissent l'esprit qu'il est de plus vastes lois qui gouvernent en même temps l'inerte et l'organique...


1 commentaire:

  1. Très bon article...Bravo aussi pour l'association avec tes photos ...Dendrite : un nouveau mot que je n'oublierai pas !!!!
    Amitiés
    JC

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