samedi 15 octobre 2016

"Beloved" de Toni Morrison


Toni Morrison (Chloe Anthony Wofford) née en 1931 en Ohio, dans une famille d'ouvriers noirs américains,  est lauréate du Prix Pulitzer en 1988 et du Prix Nobel de littérature en 1993.

Toni Morrison est le dernier auteur américain à avoir reçu le Prix Nobel de Littérature, avant celui qui vient d'être décerné à Bob Dylan (à la surprise générale).

Toni Morrison

Sa notoriété était venue plus tôt, coup sur coup, suite à deux romans : Sula (1973) et Le Chant de Salomon (1977).
Mais c'est le roman Beloved, paru en 1987, et dont l'édition française remonte à 1989, qui l'a fait connaitre en France.




C'est l'histoire de Sethe, une ancienne esclave, hantée par le fantôme de sa fille.

Un jour, une jeune fille se présente chez Sethe et sa fille Denver, qui essayent alors de reconstruire leur vie après avoir échappé à l'esclavage ; elle prétend s'appeler Beloved.

Or Beloved est la seule inscription sur la tombe du bébé que Sethe a tué des années auparavant, pour la faire échapper à une vie d'esclavage...

Beloved est un roman magnifique sur l'amour, la force, la culpabilité, la dignité, la solidarité, et l'esclavage.
C'est un roman poignant et dur, qui m'a bouleversé, écrit dans une langue dont la force, et le bonheur aussi, est d'arriver à tendre vers l'indicible de notre condition humaine.

Dans son discours de réception du Prix Nobel de Littérature, Toni Morrison parle merveilleusement de la langue.

Elle parle du langage officiel forgé pour sanctionner l'ignorance et préserver les privilèges, qui est une armure outrageusement astiquée, elle parle du langage fier, mais fossilisé de l'académie, ou du langage scientifique marchandisé, du langage pseudo-empirique arrogant fabriqué pour enfermer les personnes créatives dans la geôle de l'infériorité et du désespoir...

"Ce sont là autant de variantes d'une langue qui boit le sang, se repaît des vulnérabilités, replie ses bottes fascistes sous les crinolines de la respectabilité et du patriotisme, tout en s'avançant inexorablement vers la ligne de fond de l'esprit descendu à son plus bas niveau."

Mais :

"Le travail du mot est sublime, parce qu'il est créateur ; il engendre un sens qui garantit notre différence, notre humaine différence - ce par quoi notre vie ne ressemble à aucune autre vie.

Nous mourons. C'est peut-être là le sens de la vie.
Mais nous inventons la langue.
Ce peut être la mesure de nos vies."





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